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# Les agents IA arrivent sur le Web : qui contrôle désormais celui qui clique ?
- URL: https://tchatou.ghost.io/les-agents-ia-arrivent-sur-le-web-qui-controle-desormais-celui-qui-clique/
- Published: 2026-10-06T07:57:10.000Z
- Updated: 2026-10-06T07:57:10.000Z
- Author: tchatou

**Publié le 6 octobre 2026 — Le regard de Tchatou**

*Illustration générée par IA pour Tchatou ; scène conceptuelle, sans produit ni événement réel représenté.*

Depuis le lancement grand public des assistants conversationnels, l'intelligence artificielle a d'abord été découverte sous la forme d'une boîte de dialogue.

On écrivait une question.

L'IA répondait.

Cette époque est déjà en train de se terminer.

Certains systèmes d'IA peuvent ouvrir des sites Web, lire des courriels, manipuler des fichiers, exécuter du code et enchaîner des actions pour atteindre un objectif, selon les outils et les autorisations qui leur sont accordés.

On ne parle plus seulement de chatbot.

On parle d'**agent**.

Et cette différence change presque tout.

## De conseiller à exécutant

Un modèle conversationnel peut vous expliquer comment réserver un billet.

Un agent peut, en principe, rechercher le vol, comparer les prix, remplir les formulaires et effectuer les étapes nécessaires à la réservation.

Il ne se contente plus de produire de l'information.

**Il agit sur un système extérieur.**

Des environnements proposés par les acteurs du secteur permettent désormais à des agents d'utiliser des outils, de naviguer sur le Web et d'effectuer des tâches en plusieurs étapes. OpenAI décrit par exemple un agent utilisant son propre navigateur virtuel ; Anthropic présente les agents comme des modèles capables de choisir et d'enchaîner des outils pour accomplir une tâche.

Le NIST décrit les agents logiciels comme des systèmes qui utilisent des données et des algorithmes pour effectuer des tâches de façon autonome. En février 2026, son centre NCCoE a publié un document de réflexion sur l'identité et l'autorisation des agents : il s'agit d'un projet de travail ouvert aux commentaires, pas d'une définition réglementaire universelle.

Nous entrons donc dans une nouvelle étape de l'informatique.

## Le Web n'a pas été conçu pour cela

La plupart des parcours Web classiques supposent implicitement qu'une personne choisit elle-même quand ouvrir une page et cliquer.

Un utilisateur lit une page.

Il décide.

Il clique.

Un agent brouille cette chaîne.

Selon sa tâche, il peut parcourir un grand nombre de pages, interpréter leur contenu et prendre certaines décisions sans que son utilisateur voie chacune des étapes.

Cela produit un problème nouveau : **comment un site sait-il qui agit réellement ?**

Un humain ?

Un script classique ?

Une IA travaillant pour cet humain ?

Une IA travaillant pour une entreprise ?

Ou une IA compromise par quelqu'un d'autre ?

Cette question va devenir centrale.

## L'attaque la plus étrange : parler directement à l'IA

Un site malveillant n'a même plus nécessairement besoin de pirater techniquement un ordinateur.

Il peut essayer de convaincre l'agent lui-même.

C'est ce que l'on appelle une **injection indirecte de prompt**.

Une instruction cachée ou déguisée dans une page Web peut tenter de modifier le comportement de l'agent : lui faire ignorer sa mission, récupérer des informations auxquelles il a accès ou déclencher une action non prévue.

Le NIST décrit ce risque d'« agent hijacking » lorsque des agents traitent des contenus externes, comme des pages Web, des courriels ou du code. Les instructions malveillantes peuvent chercher à détourner l'agent vers des actions non voulues, notamment l'exfiltration de données ou l'exécution de code. Anthropic souligne également qu'aucune défense unique ne garantit une protection complète.

## Et si l'agent possède trop de droits ?

Voilà, à mes yeux, le risque le plus important.

Imaginez deux agents.

Le premier peut lire une base de données.

Le second peut lire la base, modifier les données, envoyer des courriels, effectuer un paiement et déployer du code en production.

Le second n'est pas seulement plus puissant.

**La conséquence d'une erreur change complètement d'échelle.**

C'est pourquoi les travaux actuels sur l'identité et l'autorisation des agents deviennent essentiels : il faut pouvoir déterminer qui est l'agent, pour quel utilisateur il agit et quelles actions précises il est autorisé à effectuer.

Cette question était relativement secondaire avec un chatbot.

Elle devient fondamentale avec un exécutant autonome.

## L'Europe commence également à poser des règles

Depuis le **2 août 2026**, certaines obligations de transparence de l'article 50 du règlement européen sur l'IA sont applicables.

Lorsqu'un système est conçu pour interagir directement avec des personnes, son fournisseur doit veiller à ce qu'elles soient informées qu'elles interagissent avec une IA, sauf si cela ressort clairement du contexte.

Les fournisseurs de systèmes qui génèrent des contenus synthétiques doivent également prévoir un marquage détectable par machine, sous réserve des exceptions prévues par le texte.

Les déployeurs ont, eux, des obligations particulières pour la divulgation de certains hypertrucages (« deepfakes ») et de certains textes générés par IA publiés pour informer le public sur des questions d'intérêt public ; cette dernière obligation prévoit une exception lorsque le contenu a fait l'objet d'un contrôle humain ou d'une responsabilité éditoriale.

Mais la réglementation ne résout qu'une partie du problème.

Un règlement peut imposer une transparence.

Il ne peut pas empêcher chaque agent de se tromper.

## Le regard de Tchatou

Je considère que nous sommes en train de vivre un changement plus profond que l'arrivée du chatbot génératif.

Une IA qui donne une mauvaise réponse produit une erreur informationnelle.

Une IA qui dispose d'outils peut transformer cette mauvaise réponse en **action**.

C'est une différence fondamentale.

La bonne question ne sera donc bientôt plus :

« Est-ce que cette IA hallucine ? »

Mais :

**« Que peut-elle faire lorsqu'elle hallucine ? »**

C'est pourquoi je suis beaucoup plus favorable aux agents lorsque leur environnement possède trois caractéristiques : droits limités, traçabilité complète et possibilité d'intervention humaine.

Je suis beaucoup plus réservé lorsque l'on connecte directement un agent puissant à un système de production en lui laissant la possibilité de décider et d'agir seul.

Ce n'est pas une méfiance envers l'IA.

C'est simplement le principe utilisé depuis des décennies en sécurité informatique : **ne jamais donner plus de privilèges que nécessaire.**

## Ce que je préconiserais

Chaque agent devrait posséder une **identité technique propre**.

Ses droits devraient être séparés de ceux de l'utilisateur humain.

Une action sensible devrait exiger une validation supplémentaire : paiement important, suppression massive de données, modification d'un système de production ou communication publique engageant juridiquement une organisation.

Toutes les actions devraient être journalisées.

Les organisations devraient également tester leurs agents sur des environnements contenant volontairement des informations trompeuses ou des injections de prompt afin d'observer leur comportement avant de les connecter au monde réel.

Enfin, la capacité à interrompre immédiatement un agent devrait être considérée comme une fonction de base, pas comme une option.

L'objectif n'est pas d'empêcher les agents d'agir.

Au contraire.

Plus ils deviendront utiles, plus nous leur confierons de choses.

Et c'est précisément pour cette raison que nous devons savoir **qui agit, avec quels droits, sur l'ordre de qui et avec quelle possibilité de revenir en arrière**.

Après avoir appris à sécuriser les utilisateurs humains sur Internet, nous allons devoir apprendre à sécuriser une nouvelle catégorie d'utilisateurs :

**les machines qui naviguent pour nous.**

### Sources principales

- [OpenAI — Introducing ChatGPT agent, 17 juillet 2025](https://openai.com/index/introducing-chatgpt-agent/?ref=tchatou.ghost.io)
- [NIST — Sécurité des agents IA et détournement par injection indirecte, 23 mars 2026](https://www.nist.gov/blogs/caissi-research-blog/insights-ai-agent-security-large-scale-red-teaming-competition?ref=tchatou.ghost.io)
- [NIST — Document de réflexion sur l’identité et l’autorisation des agents logiciels, 5 février 2026](https://www.nist.gov/news-events/news/2026/02/new-concept-paper-on-identity-and-authority-software-agents?ref=tchatou.ghost.io)
- [Commission européenne — Lignes directrices sur les obligations de transparence de l’article 50, 20 juillet 2026](https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/library/guidelines-transparency-obligations-providers-and-deployers-ai-systems?ref=tchatou.ghost.io)
- [Anthropic — Trustworthy agents in practice](https://www.anthropic.com/research/trustworthy-agents?ref=tchatou.ghost.io)

### Glossaire

**Agent IA :** système utilisant un modèle d'IA pour planifier et effectuer une succession d'actions à l'aide d'outils.

**Injection de prompt :** contenu destiné à influencer ou détourner les instructions suivies par une IA.

**Moindre privilège :** principe de sécurité consistant à ne donner à un utilisateur ou programme que les droits strictement nécessaires.

**Journalisation :** enregistrement des actions réalisées afin de pouvoir les contrôler et les auditer.